Mon premier contact avec l’informatique
Mon premier contact avec l’informatique s’est fait à RobotsMali, un centre dédié à la robotique et à l’intelligence artificielle. J’y ai participé à la deuxième édition du camp STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques) alors que j’étais en classe de seconde (10ᵉ année), à l’âge d’environ 15 ans.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la découverte d’un univers où il était possible de créer des solutions grâce à la technologie. Ce jour-là, j’ai eu le sentiment d’avoir enfin trouvé le domaine qui me correspondait.
Pourquoi l’intelligence artificielle ?
Au départ, je souhaitais m’orienter vers l’ingénierie logicielle. Cependant, j’ai toujours eu une forte affinité avec les mathématiques.
En 2020, pendant la période de confinement liée à la COVID-19, j’ai décidé de mettre ce temps à profit en suivant des cours de Machine Learning et de Traitement Automatique du Langage Naturel (NLP) avec des étudiants de Master 2 de l’ENTEP de Kalaban. Cette expérience a été un véritable déclic et a confirmé mon intérêt pour l’intelligence artificielle.
J’aimerais également adresser un message de reconnaissance à Michal Leventhal, directeur de RobotsMali, qui m’a offert cette première opportunité de découvrir cet univers. Sans cette expérience, mon parcours aurait probablement été différent.
Pourquoi le Maroc ?
Après l’obtention de mon baccalauréat en 2020 avec mention, j’ai bénéficié d’une bourse d’études du gouvernement marocain. C’est ainsi que j’ai choisi de poursuivre mes études au Maroc.
Cette expérience a été extrêmement enrichissante, aussi bien sur le plan académique qu’humain. Elle m’a permis d’acquérir des compétences solides en intelligence artificielle, de travailler sur des projets concrets et d’évoluer dans un environnement multiculturel qui a profondément contribué à mon développement personnel et professionnel.
Tu viens de soutenir ton projet de fin d’études. Présente-nous ce projet.
Mon projet de fin d’études portait sur l’automatisation intelligente des flux financiers dans le secteur bancaire. Aujourd’hui, de nombreux processus reposent encore sur des solutions d’automatisation traditionnelles, notamment des scripts VBA, qui sont souvent rigides, difficiles à maintenir et sensibles aux erreurs humaines.
L’objectif de notre projet était de concevoir une solution basée sur l’intelligence artificielle et les principes de l’ingénierie logicielle afin de rendre ces traitements plus intelligents, plus flexibles et plus fiables.
Quel a été le plus grand obstacle rencontré ?
Le principal défi a été l’hétérogénéité des données en entrée. Les documents provenaient de plusieurs établissements financiers, chacun utilisant ses propres formats et conventions.
Pour résoudre ce problème, nous avons conçu un pipeline hybride combinant des algorithmes métier avec des agents d’intelligence artificielle capables d’interpréter les documents et de les transformer en un format standardisé avant leur traitement automatique.
Comment expliquerais-tu ton métier à un enfant de 10 ans ?
Je lui dirais que les ordinateurs sont très rapides, mais qu’ils ne savent faire que ce qu’on leur demande exactement. Mon métier consiste à leur apprendre à mieux comprendre certaines situations afin qu’ils puissent aider les humains à résoudre des problèmes compliqués, un peu comme si on leur donnait un nouveau cerveau pour réfléchir avant d’agir.
Quelle est l’idée reçue sur l’IA qui t’agace le plus ?
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est très médiatisée. Beaucoup de personnes pensent qu’elle se limite à générer des images, des vidéos ou des textes.
En réalité, ce n’est qu’une petite partie de son potentiel. L’IA est également utilisée dans la santé, la finance, l’industrie, les transports, la cybersécurité ou encore la recherche scientifique pour résoudre des problèmes complexes et créer de la valeur.
Maintenant que le diplôme est en poche, qu’est-ce que cette soutenance a changé pour toi ?
Pour moi, c’est à la fois un aboutissement et un nouveau départ.
C’est l’aboutissement de cinq années d’études, de travail et de persévérance. Mais c’est surtout le début d’une carrière d’ingénieur, avec l’envie de continuer à apprendre, à innover et à développer des solutions qui auront un impact concret.
Comment vois-tu le développement de l’intelligence artificielle en Afrique dans les cinq prochaines années ?
Je suis optimiste. Au cours des cinq prochaines années, je pense que nous assisterons à l’émergence de modèles d’intelligence artificielle entraînés sur nos langues, nos cultures et nos réalités locales. Cela permettra de développer des applications réellement adaptées aux besoins des populations africaines, notamment dans les domaines de l’administration, de la santé, de l’éducation et des services financiers.
Cette dynamique renforcera progressivement notre souveraineté technologique en réduisant notre dépendance vis-à-vis des solutions développées à l’étranger.
Quels sont les domaines où l’Afrique peut prendre une vraie avance ?
L’Afrique possède un fort potentiel dans plusieurs secteurs.
Le premier est l’agriculture, où l’IA peut améliorer les rendements, optimiser l’utilisation des ressources et aider les agriculteurs à prendre de meilleures décisions.
Le deuxième est la fintech et les services financiers, où le continent est déjà très innovant grâce au mobile money. L’intelligence artificielle peut accélérer cette transformation en améliorant la détection de fraude, l’analyse des risques et l’automatisation des processus.
Enfin, l’entrepreneuriat technologique représente une formidable opportunité. Les jeunes Africains développent déjà des solutions innovantes ; avec les bons outils, ils pourront créer des entreprises capables de répondre aux besoins locaux tout en étant compétitives à l’international.
Que manque-t-il aujourd’hui pour retenir les jeunes ingénieurs africains ?
Je pense qu’il faut avant tout créer un environnement favorable à l’innovation.
Cela passe par davantage d’investissements dans la recherche, des infrastructures numériques performantes, un meilleur accès au financement des startups et des politiques publiques qui encouragent l’entrepreneuriat technologique.
Lorsque les ingénieurs trouvent sur place des opportunités d’innover, de créer de la valeur et de construire des entreprises ambitieuses, ils ont naturellement davantage envie de développer leur carrière sur le continent.
Si tu avais carte blanche et un budget illimité, quel projet IA lancerais-tu pour l’Afrique ?
Je construirais une plateforme panafricaine d’intelligence artificielle ouverte aux startups, aux chercheurs et aux PME.
Cette plateforme proposerait des modèles d’IA adaptés aux réalités africaines, des API d’IA générative, des agents intelligents spécialisés par secteur d’activité et un accès à une puissance de calcul mutualisée.
L’objectif serait de démocratiser l’accès aux technologies de pointe afin que chaque entrepreneur, étudiant ou ingénieur africain puisse concevoir, tester et déployer des solutions innovantes sans être limité par le coût des infrastructures. Je suis convaincu que l’Afrique dispose des talents nécessaires ; il faut désormais leur donner les moyens de concrétiser leurs idées.
Tu es membre de l’APNA. Pourquoi avoir rejoint cette fédération ?
J’ai rejoint l’APNA parce que je partage sa vision : promouvoir le numérique et accompagner les talents africains. Au-delà des activités de la fédération, c’est surtout la qualité du réseau humain qui m’a convaincu.
L’APNA m’a permis d’échanger avec des professionnels expérimentés qui m’ont orienté dans mes choix académiques et professionnels. À un moment où je cherchais un stage et où les opportunités étaient rares, le président de l’APNA m’a même proposé une opportunité. Ce geste m’a beaucoup marqué. Il montre qu’un réseau ne sert pas seulement à créer des contacts, mais aussi à s’entraider et à faire grandir les autres.
Quelle est ta contribution au sein de l’APNA ?
Aujourd’hui, je coordonne une équipe chargée de développer un chatbot d’assistance pour le site officiel de l’APNA.
L’objectif est de permettre aux visiteurs, en particulier aux nouveaux membres, d’accéder rapidement aux informations de la fédération sans devoir parcourir l’ensemble du site. C’est une manière concrète d’utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer l’expérience des utilisateurs.
Maintenant que je suis diplômé, j’aimerais continuer à contribuer en proposant de nouveaux projets autour de l’IA, de la formation et de l’innovation, afin de renforcer encore davantage l’impact de l’APNA.
Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui rêve de faire de l’IA ?
Je lui dirais de ne pas être intimidé par le mot « intelligence artificielle ».
En réalité, devenir ingénieur en IA, c’est d’abord acquérir de solides bases en programmation, en logique, en mathématiques et en ingénierie logicielle. L’IA vient ensuite s’appuyer sur ces compétences.
Je lui conseillerais également de rejoindre des communautés comme l’APNA, de participer à des projets, de demander de l’aide et de construire progressivement son réseau. Beaucoup d’opportunités naissent des rencontres.
Te voilà ingénieur. Et maintenant ?
Dans dix ans, j’aimerais être reconnu comme un ingénieur qui a contribué au développement de l’intelligence artificielle en Afrique, mais aussi comme une personne qui a su transmettre ses connaissances.
J’aimerais voir des centaines, voire des milliers de jeunes évoluer grâce à des conseils, des formations ou des projets auxquels j’aurai participé. Si l’on dit de moi que j’ai aidé d’autres personnes à croire en leur potentiel et à construire leur carrière dans la technologie, alors je considérerai que j’ai réussi.